Rivière Noire est le district le plus sauvage de l’île Maurice. Situé sur la côte sud-ouest, à l’embouchure de la rivière qui lui donne son nom, ce territoire concentre ce que l’île a de plus varié et de plus authentique : le plus grand parc national du pays, les meilleurs spots de surf et de kitesurf, des dauphins à observer chaque matin, le village bohème de Tamarin, la longue plage de Flic en Flac, l’île aux Bénitiers et en arrière-plan l’imposant Morne Brabant. C’est le district où Maurice dépasse largement son image de carte postale balnéaire.
Rivière Noire : comprendre le district
Le terme « Rivière Noire » désigne à la fois le district administratif (le plus grand district de l’île) et le village balnéaire côtier situé à l’embouchure de la rivière éponyme. Quand les voyageurs disent « aller à Rivière Noire », ils désignent généralement le village côtier et ses environs immédiats — le point de départ des excursions de nage avec les dauphins et de pêche au gros. Le district, lui, englobe un territoire bien plus vaste qui inclut Flic en Flac, Tamarin, Chamarel, le parc national et le Morne Brabant.
Position géographique : côte sud-ouest de l’île, à environ 30 km au sud de Flic en Flac et à 1h de l’aéroport. La particularité de cette côte : elle est la moins arrosée et la plus ensoleillée de toute l’île — le Morne Brabant fait écran aux nuages venus de l’est, créant un microclimat exceptionnel, sec et lumineux.
Distances depuis le village de Rivière Noire :
- Flic en Flac : 15 km au nord
- Tamarin : 8 km au nord
- Morne Brabant : 12 km au sud
- Chamarel : 15 km à l’intérieur
- Parc national des Gorges : 5-10 km à l’est
- Port Louis : 40 km
- Aéroport SSR : 50-55 km, 1 heure
Flic en Flac — la grande plage de la côte ouest
Flic en Flac est la principale station balnéaire de la côte ouest. Sa plage de sable blanc, une des plus longues de l’île, est bordée par les filaos qui lui donnent une atmosphère particulière. Le lagon y est calme, protégé par le récif, les eaux translucides et peu profondes — idéal pour la baignade et les familles.
Ce n’est pas la plage la plus « carte postale » de l’île — elle est plus large, plus ouverte, sans la beauté concentrée de Belle Mare ou de Trou aux Biches. Mais son authenticité est réelle : les Mauriciens eux-mêmes y viennent en famille le week-end, font des barbecues sous les filaos, et l’ambiance est plus décontractée que dans les stations du nord.
Ce qu’on fait à Flic en Flac :
- Baignade et plage (lagon calme, eau 25-29°C)
- Snorkeling (poissons-perroquets, balistes, demoiselles, raies aigles occasionnelles)
- Plongée sous-marine : grottes sous-marines, épaves, faune diverse. La côte de Flic en Flac est réputée pour la plongée — plusieurs centres certifiés proposent des baptêmes et des sorties
- Kitesurf (zone sud de la plage, conditions intermédiaires)
- Couchers de soleil sur la côte ouest — parmi les plus beaux de l’île, la vue sur le Morne Brabant en toile de fond
Accès et infrastructure : restaurants, hôtels de gammes variées (des budget aux 5 étoiles), commerces, bars. Le village de Flic en Flac a une vie nocturne modeste mais réelle — quelques bars et restaurants ouverts le soir le long de la plage.
Tamarin — le village bohème des surfeurs
Tamarin est l’adresse la plus authentique de toute la côte ouest. Ce village de pêcheurs devenu destination de surf dans les années 1970 — révélé au monde par le film documentaire The Forgotten Island of Santosha (1972) — a conservé une atmosphère décontractée et bohème unique à Maurice. Pas de grands hôtels, pas d’animation touristique standardisée : une communauté mélangée de pêcheurs locaux, de surfeurs internationaux, d’expatriés européens et de retraités dans une ambiance paisible.
La plage de Tamarin — la seule plage de surf de Maurice
La plage de Tamarin est la seule véritable plage de surf de l’île Maurice. Son secret : l’absence de barrière de corail, qui permet à la houle océanique de se former librement. La baie est traversée par la rivière du Rempart qui se jette dans l’océan, créant un sable gris distinctif — très différent du sable blanc habituel de Maurice. Les vagues sont puissantes, particulièrement de mai à septembre (hiver austral), quand la houle de l’Atlantique Sud remonte dans l’océan Indien.
Les spots de surf :
- La Baie : vagues pour tous niveaux, idéal pour s’initier
- Cap Dal (« Dal ») : le spot expert, jalousement gardé par les surfeurs locaux, réservé aux bons surfeurs confirmés. Situé sur la gauche de la plage en face à la mer, au début des récifs
Attention à la baignade : la plage n’est pas gardée. En marée montante en hiver, les vagues peuvent remonter très haut et les courants être forts — notamment près de l’embouchure de la rivière. La baignade est très agréable en été (saison calme) mais demande de la prudence en hiver. S’informer auprès des locaux sur les conditions du jour.
Les dauphins de Tamarin — présents toute l’année
La baie de Tamarin est l’un des meilleurs endroits du monde pour observer des dauphins sauvages en milieu naturel. La profondeur importante de la baie directement près des côtes attire naturellement les dauphins qui y chassent. Deux espèces fréquentent la zone : le dauphin à long bec (Stenella longirostris) et le grand dauphin ou dauphin souffleur (Tursiops truncatus).
Les dauphins sont présents toute l’année, avec une très haute probabilité d’observation le matin tôt entre 6h et 9h, quand ils regagnent les eaux calmes après leur chasse nocturne. Les opérateurs locaux annoncent un taux d’observation d’environ 90 % lors des sorties matinales.
Comment les observer de manière responsable :
La sortie en kayak de mer à l’aube est l’approche la plus respectueuse — silencieuse, à basse vitesse, sans moteur. C’est aussi la plus magique : observer des dauphins depuis un kayak sans bruit de moteur est une expérience incomparable.
Les excursions en bateau à moteur ou en catamaran sont plus courantes et proposées directement depuis la jetée de Rivière Noire (plus au sud) ou depuis Tamarin. Durée habituelle : 2h30-3h. Choisir un opérateur qui respecte la réglementation gouvernementale mise en place pour limiter le nombre de bateaux et protéger les dauphins : ne pas pourchasser les dauphins, maintenir les moteurs au ralenti, ne pas nager parmi eux s’ils s’éloignent.
Les salines de Yemen — les dernières de l’île
Les salines de Yemen à Tamarin sont les dernières salines encore en activité à l’île Maurice, produisant environ 1 500 tonnes de sel par an selon des méthodes artisanales du XVIIIe siècle. Visiter les salines tôt le matin pour voir les sauniers ramasser le sel à la main est une expérience authentique et peu connue. Entrée gratuite ou modique selon les visites.
Les chutes de Tamarin — 7 cascades dans la forêt
Les chutes de Tamarin (ou « 7 cascades de Tamarin ») sont une des randonnées les plus appréciées de la côte ouest. Il s’agit de 7 cascades successives dans une forêt tropicale luxuriante, accessibles depuis Tamarin via un sentier traversant des terrains privés — un guide local est obligatoire (et permettra d’accéder à toutes les cascades).
La randonnée dure environ 3-4 heures avec les baignades dans les bassins naturels. Le canyoning y est également proposé : rappels, sauts, glissades dans les gorges — une activité réputée pour ses sensations fortes, accessible aux débutants comme aux confirmés. Les avis des participants sont unanimes : « tous partis avec de l’appréhension, tous revenus ravis ».
Le Parc national des Gorges de la Rivière Noire — le poumon vert de Maurice
Avec ses 6 700 à 6 754 hectares, le Parc national des Gorges de la Rivière Noire est la plus grande réserve naturelle de l’île Maurice, et l’une des plus importantes de l’océan Indien. Proclamé parc national en 1994, il couvre environ 3,5 % de la superficie totale de l’île et représente les derniers vestiges de forêt indigène de plaine et de montagne de Maurice.
La faune : 9 espèces d’oiseaux endémiques
Le parc est le territoire de référence pour observer les 9 espèces d’oiseaux endémiques terrestres de Maurice, dont les populations ont été arrachées à l’extinction par des programmes de conservation remarquables :
- La crécerelle de Maurice (Falco punctatus) — en 1974, il n’en restait que 4 individus. Population actuelle : 350-400. Présente dans les zones ouvertes et les falaises du parc.
- Le pigeon rose (Nesoenas mayeri) — 12 individus en 1991, plus de 500 aujourd’hui. Visible dans la canopée des arbres indigènes.
- La perruche de Maurice (Psittacula eques echo) — dernier perroquet endémique des Mascareignes. 15 individus en 1993, 750+ aujourd’hui. Reconnaissable à son plumage vert émeraude.
- Le tchitrec des Mascareignes (Terpsiphone bourbonnensis desolata) — surnommé « coq des bois ». Cagoule bleu-noir et plumage roux lumineux.
- Le bulbul de Maurice (Hypsipetes olivaceus) — surnommé « merle de Maurice ». Population ~2 000 individus.
- L’échenilleur de Maurice (Coracina typica) — surnommé « merle cuisinier » pour son comportement d’empalement des proies. ~400 individus.
- Le foudi de Maurice (Foudia rubra) — moins de 300 individus. Tête rouge éclatante en saison de reproduction.
- Le zostérops de Maurice (Zosterops mauritianus) — « zozo manioc », le plus commun des endémiques.
- Le zostérops olive (Zosterops chloronothos) — ~300 individus, moins fréquent.
Outre les oiseaux, le parc abrite les roussettes noires (chauves-souris frugivores endémiques) par milliers dans les gorges, des singes macaques (introduits), des cerfs (introduits par les Néerlandais), des sangliers et plus de 300 espèces de plantes dont une majorité d’espèces endémiques ou indigènes.
Les sentiers : plus de 50 km balisés
Accès gratuit — il n’y a pas de billet d’entrée au parc national des Gorges de la Rivière Noire. Le Black River Visitors Centre (côté ouest, proche de Flic en Flac) est le point d’entrée le plus accessible et dispose d’un centre d’information.
Les principaux sentiers :
La Macchabée Trail (départ depuis Pétrin, côté est du parc) — le meilleur sentier ornithologique de Maurice. Traverse la forêt indigène la plus dense, offre les meilleures chances d’observer crécerelle, pigeon rose et perruche. Comptez 3 à 5 heures.
Le sentier du Piton de la Petite Rivière Noire — ascension jusqu’au point culminant de l’île Maurice (828 mètres). Randonnée de 3 à 4 heures aller-retour, terrain escarpé, vue panoramique exceptionnelle au sommet. Sentiers isolés, peu fréquentés — l’immersion dans la nature est totale.
Le point de vue des Chutes d’Alexandra — accessible en voiture depuis la route de Grand Bassin. Panorama sur les chutes d’eau depuis un belvédère aménagé — l’option la plus simple pour avoir une vue sur le parc sans randonnée.
Les sentiers depuis le Black River Visitors Centre — plusieurs boucles courtes (1-3h) pour tous niveaux, idéales pour une première découverte. Singes et roussettes sont quasi garantis autour du centre.
Conseils pratiques :
- Arriver tôt le matin (6h-9h) pour les oiseaux — ils sont beaucoup moins actifs en milieu de journée
- Emporter de l’eau en quantité suffisante — pas de points d’eau sur les sentiers
- Chaussures de marche obligatoires pour les sentiers techniques
- Un guide local ou une excursion avec la Mauritius Wildlife Foundation ou Yanature multiplie considérablement les chances d’observer les espèces rares
- Le parc est soumis à des changements de temps rapides — un imperméable léger est recommandé même par temps ensoleillé
Le Grand Bassin (Ganga Talao) — lac sacré dans un cratère
À l’intérieur du parc, le Grand Bassin (nom créole) ou Ganga Talao (nom hindou) est un lac naturel dans un ancien cratère volcanique à 550 mètres d’altitude. Il est considéré par les hindous mauriciens comme une émanation du Gange sacré — des pèlerins y viennent par centaines de milliers lors de la fête de Maha Shivaratri (entre février et mars) pour remplir des jarres d’eau sacrée. Une statue de bronze du dieu Shiva haute de 33 mètres (la plus haute statue de l’île) a été érigée en 2007. Le lac est entouré de végétation tropicale et de singes — un cadre spirituel et naturel remarquable.
L’île aux Bénitiers — le joyau caché du lagon
À quelques kilomètres au large, dans le lagon du Morne, l’île aux Bénitiers est un îlot inhabité accessible uniquement en bateau. Pas d’hôtels, pas d’infrastructures touristiques fixes — juste des plages immaculées, des eaux turquoise d’une transparence absolue, et des dauphins qui fréquentent régulièrement le lagon alentour.
Crystal Rock est une curiosité naturelle à proximité — ce rocher semble « flotter » sur l’eau turquoise du lagon, créant une illusion visuelle spectaculaire très photographiée.
Les excursions vers l’île aux Bénitiers partent depuis la plage de la Prairie ou le village de Rivière Noire — généralement incluses dans les sorties dauphins/catamaran.
Le Morne Brabant — la montagne UNESCO
Le Morne Brabant (556 mètres) est la montagne la plus emblématique de l’île Maurice, classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008 pour son importance historique et culturelle : pendant la période coloniale, des esclaves en fuite s’y réfugiaient dans les falaises inaccessibles. En 1835, le jour même de l’abolition de l’esclavage, des soldats venus leur annoncer la libération furent pris pour des poursuivants — certains esclaves se jetèrent dans le vide.
La montagne est sur un terrain privé — l’accès au sommet se fait obligatoirement avec un guide accrédité. La randonnée dure environ 3-4 heures aller-retour, sur un terrain escarpé et parfois technique. Vue panoramique exceptionnelle depuis le sommet sur tout le sud-ouest, la péninsule du Morne, le lagon et les lagons de l’île aux Bénitiers.
La pêche au gros — capitale mondiale du marlin
Le village de Rivière Noire (le bourg côtier) est la capitale mauricienne de la pêche au gros. À quelques kilomètres au large, les fonds marins plongent à plus de 700 mètres — les courants profonds attirent les grands pélagiques : marlins bleus et noirs, thons jaunes, voiliers, barracudas. L’île Maurice détient plusieurs records mondiaux de pêche sportive.
La saison optimale pour le marlin bleu est novembre à mars — mais la pêche au gros est pratiquée toute l’année. Plusieurs clubs et opérateurs sont basés directement à Rivière Noire : Le Morne Anglers Club et d’autres centres proposent des sorties de demi-journée à journée complète.
Le kitesurf dans le district
Le district de Rivière Noire abrite plusieurs spots de kitesurf reconnus :
Flic en Flac : lagon calme, conditions intermédiaires. Vent d’est dominant, plus léger que sur la côte est. Adapté aux kiteurs intermédiaires autonomes et au foil.
Le Morne / One Eye : le spot le plus célèbre, juste au sud de la péninsule du Morne. Les alizés sont renforcés par l’effet venturi de la montagne. Un des 16 spots de kitesurf officiels de l’île Maurice, réputé internationalement. Conditions optimales d’avril à novembre. Le spot « One Eye » tire son nom du propriétaire borgne d’un ancien domaine — spot de compétition internationale.
Kite Lagoon (entre le Morne et la plage de la Prairie) : très peu profond, idéal pour les débutants — les chutes sont moins dangereuses dans 50 cm d’eau.
Informations pratiques
Comment arriver : voiture conseillée (pas de transport en commun efficace pour explorer la région). Depuis Port Louis : route M1 vers le sud, puis route côtière B9 vers Rivière Noire. Depuis l’aéroport : environ 1 heure.
Saison idéale : l’hiver austral (mai-septembre) est la meilleure période pour le surf (vagues plus fortes), le kitesurf (vents plus réguliers) et les randonnées dans le parc (sentiers moins humides, visibilité meilleure). L’été (novembre-mars) est idéal pour la baignade (mer calme) et la pêche au marlin.
Hébergement : l’offre est variée — villas en location, hôtels boutique, guesthouses locales à Tamarin et Rivière Noire, grandes adresses comme le LUX* Le Morne sur la péninsule du Morne.
Restaurants : cuisine créole authentique dans les villages côtiers. À Tamarin, plusieurs bonnes adresses de fruits de mer et de cuisine locale. À Chamarel (15 min), le Restaurant Le Chamarel offre la vue panoramique sur le lagon.
FAQ
Peut-on nager avec les dauphins à Rivière Noire ?
Oui — c’est l’une des activités les plus emblématiques du district. Les excursions matinales (départ entre 6h et 7h30) depuis la jetée de Rivière Noire permettent d’observer et de nager avec les dauphins à long bec et les grands dauphins, présents toute l’année avec 90 % de probabilité de rencontre. Choisir un opérateur respectueux de la réglementation gouvernementale qui encadre ces sorties.
Le parc national des Gorges de la Rivière Noire est-il payant ?
Non. L’accès au parc est gratuit. Aucun billet d’entrée n’est nécessaire. Les sentiers sont accessibles librement. Seules les randonnées guidées avec des opérateurs ont un coût.
Faut-il un guide pour la randonnée au Morne Brabant ?
Oui, obligatoirement. La montagne est sur un terrain privé et l’accès au sommet n’est autorisé qu’avec un guide accrédité. Les guides peuvent être contactés directement via les hôtels du secteur ou les tour-opérateurs locaux.
Quelle est la différence entre Tamarin et Rivière Noire ?
Tamarin et Rivière Noire sont deux villages distincts sur la même côte. Tamarin (au nord) est le village bohème des surfeurs, avec ses dauphins, ses salines et son ambiance décontractée. Rivière Noire (au sud) est le principal centre de pêche au gros de l’île, avec la jetée de départ des excursions dauphins et une ambiance plus « port de pêche ». La péninsule du Morne se trouve encore plus au sud.
Peut-on visiter les 7 cascades de Tamarin seul ?
Techniquement non — les cascades traversent des terrains privés et il faut l’accord des propriétaires ou passer par un guide local. Les guides connaissent les accès, les permissions nécessaires et peuvent vous montrer toutes les cascades en toute sécurité. Sans guide, l’accès complet aux 7 cascades est difficile.