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Partir vivre à Maurice : ce qu’il faut régler côté impôts français avant de partir

Quand on prépare une installation à l’île Maurice, on pense au visa, au logement, à l’école des enfants, au déménagement. Les impôts français, on s’en occupera « après ». C’est souvent une erreur — et parfois une erreur coûteuse. Un départ mal préparé côté fiscal peut générer des obligations imprévues, des pénalités, voire une double imposition. Ce guide couvre les démarches à régler côté France avant le départ : la déclaration de transfert de domicile fiscal, l’exit tax pour ceux qui sont concernés, les obligations déclaratives résiduelles, et les points à anticiper selon son profil. Les situations individuelles variant significativement, une consultation avec un conseiller fiscal spécialisé en expatriation est recommandée pour toute situation patrimoniale complexe.

Première étape : comprendre ce que signifie « changer de résidence fiscale »

La résidence fiscale est le critère central de l’imposition en France. Un résident fiscal français est imposé sur l’ensemble de ses revenus mondiaux. Un non-résident fiscal français n’est imposé en France que sur ses revenus de source française.

Pour perdre sa résidence fiscale française, il faut cesser de remplir l’un des critères de l’article 4 B du Code général des impôts : avoir son foyer (lieu de vie habituel de la famille) en France, y avoir son lieu de séjour principal (plus de 183 jours par an), y exercer une activité professionnelle principale, ou y avoir le centre de ses intérêts économiques.

S’installer à Maurice avec sa famille pour une durée significative fait basculer la résidence fiscale vers Maurice — à condition que les liens avec la France soient effectivement rompus. Garder un pied-à-terre en France, y maintenir ses activités professionnelles principales, ou y conserver l’essentiel de son patrimoine peut faire douter l’administration fiscale française du réel transfert de domicile. Ce n’est pas théorique — l’administration contrôle.

La déclaration de départ : le formulaire Cerfa 3253

C’est la démarche administrative de base, obligatoire pour tout contribuable qui transfère son domicile fiscal hors de France.

Le formulaire Cerfa n° 3253 (déclaration de transfert de domicile fiscal hors de France) doit être adressé au Service des Impôts des Particuliers (SIP) du domicile actuel avant le départ, ou dès que la décision est prise. Ce formulaire signale le changement de résidence fiscale à l’administration et permet de basculer la gestion du dossier vers le Service des Impôts des Particuliers Non-Résidents (SIPNR) de Noisy-le-Grand, qui gérera toutes les déclarations ultérieures.

Ce formulaire est disponible sur impots.gouv.fr.

La déclaration de l’année de départ

L’année du départ, deux déclarations sont nécessaires :

La déclaration normale (formulaire 2042) pour les revenus perçus du 1er janvier à la date de départ — traitée par le SIP habituel.

Une déclaration complémentaire (formulaire 2042 C) pour les revenus de source française perçus de la date de départ au 31 décembre — traitée par le SIPNR. Cette déclaration inclut les pensions, dividendes, revenus fonciers et autres revenus de source française qui restent imposables en France après le départ.

L’année suivante et les années ultérieures, le SIPNR gère l’ensemble des déclarations pour les revenus de source française.

La déclaration des comptes bancaires étrangers

Tout compte bancaire détenu à l’étranger par un résident fiscal français doit être déclaré chaque année via le formulaire 3916, joint à la déclaration de revenus annuelle.

À l’inverse, une fois installé à Maurice et non-résident fiscal français, l’obligation s’inverse : ce sont les comptes détenus en France qui peuvent nécessiter une déclaration côté mauricien, selon les règles de l’échange automatique d’informations auxquelles Maurice a adhéré.

L’amende pour non-déclaration d’un compte étranger est de 1 500 € par compte, portée à 10 000 € si le pays n’est pas dans la liste d’échange automatique d’informations (ce qui n’est pas le cas de Maurice).

L’exit tax : pour qui, pourquoi, et combien en 2026

C’est le sujet qui fait le plus peur — et qui, dans la majorité des cas, ne concerne pas les Français qui partent vivre à Maurice avec un salaire ou une retraite. L’exit tax est un dispositif ciblé sur les patrimoines mobiliers importants.

Qui est concerné ?

Deux critères cumulatifs déclenchent l’exit tax :

Critère de durée : avoir été résident fiscal français pendant au moins 6 des 10 années précédant le départ.

Critère de patrimoine : détenir soit des titres (actions, parts sociales) dont la valeur globale dépasse 800 000 €, soit une participation représentant au moins 50 % du capital d’une société.

Si ces deux critères sont réunis, l’exit tax s’applique sur les plus-values latentes — c’est-à-dire la différence entre la valeur des titres au moment du départ et leur prix d’acquisition.

Pour la grande majorité des salariés, fonctionnaires et retraités qui partent à Maurice, ces seuils ne sont pas atteints. L’exit tax est avant tout un enjeu pour les dirigeants d’entreprise, les investisseurs et les détenteurs de patrimoine financier important.

Le taux en 2026

Suite à la loi de finances de la Sécurité sociale 2026, le taux applicable est désormais de 31,4 % : 12,8 % au titre de l’impôt sur le revenu (flat tax) et 18,6 % de prélèvements sociaux. Ce taux a augmenté par rapport aux années précédentes — toute simulation antérieure à 2026 est donc obsolète.

Le sursis de paiement : Maurice n’est pas l’UE

C’est le point crucial pour les Français qui partent vers Maurice spécifiquement.

Pour les départs vers un pays de l’UE ou de l’EEE (Union Européenne, Espace Économique Européen), le sursis de paiement est automatique — l’impôt calculé est déclaré mais le paiement est reporté sans garantie jusqu’à la cession effective des titres.

Maurice n’est ni dans l’UE ni dans l’EEE. Le sursis de paiement n’est donc pas automatique pour un départ vers Maurice. Il est possible de l’obtenir sur demande, mais cela implique de désigner un représentant fiscal accrédité en France et de constituer des garanties (caution bancaire, hypothèque, gage de titres) à hauteur de l’impôt potentiellement dû.

Si aucun sursis n’est accordé ou demandé, l’impôt sur les plus-values latentes est dû immédiatement au moment du départ. C’est pourquoi une anticipation de plusieurs mois est nécessaire pour les contribuables concernés.

Le dégrèvement possible

Si les titres sont conservés après le départ sans être vendus pendant 2 ans (pour les participations inférieures à 50 % du capital) ou 5 ans (pour les participations d’au moins 50 %), l’exit tax peut être dégrevée — c’est-à-dire annulée. Ce mécanisme permet de « tester » une expatriation sans cristalliser définitivement l’impôt, à condition de ne pas céder les titres pendant ce délai.

Ce qui est hors champ

Quelques actifs échappent à l’exit tax :

Les contrats d’assurance-vie — la plus-value latente sur un contrat d’assurance-vie n’est pas une plus-value mobilière au sens de l’article 150-0 A du CGI. Détenir son patrimoine financier en assurance-vie plutôt qu’en titres en direct change donc l’exposition à l’exit tax.

Les crypto-actifs détenus directement (bitcoin, ether en portefeuille personnel) — ils ne sont pas qualifiés de valeurs mobilières au sens strict et n’entrent pas dans le champ de l’article 167 bis. Attention : cette règle s’inverse si les crypto-actifs sont détenus via une holding dont les parts, elles, entrent dans le champ.

La déclaration exit tax

Même en cas de sursis de paiement, la déclaration reste obligatoire. Elle se fait via le formulaire 2074-ETD (déclaration initiale), déposé l’année suivant celle du transfert de domicile fiscal, en même temps que la déclaration de revenus. Le formulaire 2074-ETS sert au suivi annuel tant que l’impôt est en sursis.

Les revenus fonciers : propriétaires bailleurs restant en France

Si vous partez à Maurice tout en conservant un bien immobilier en France que vous mettez en location, les loyers perçus restent imposables en France — les revenus fonciers de source française sont toujours imposables en France pour les non-résidents. C’est l’article 3 de la convention fiscale franco-mauricienne.

Ces revenus sont déclarés au SIPNR et soumis à la retenue à la source des non-résidents ou au barème progressif selon les options disponibles. La cotisation à la CSG et à la CRDS s’applique sur les revenus fonciers uniquement si vous êtes affilié à un régime obligatoire d’assurance maladie en France — ce qui n’est généralement plus le cas après un départ effectif.

Si vous vendez votre résidence principale avant de partir, la plus-value est exonérée si la vente a lieu avant le transfert effectif de résidence fiscale. Si vous la vendez après le départ, l’exonération de résidence principale ne s’applique plus — les règles des non-résidents s’appliquent, avec une exonération possible dans les limites prévues par la convention franco-mauricienne et le droit interne.

Le PEA et les placements financiers

Le Plan d’Épargne en Actions (PEA) est un placement à fiscalité avantageuse soumis à des règles spécifiques en cas d’expatriation. Le transfert de domicile fiscal hors de France ne clôture pas automatiquement le PEA, mais le non-résident ne peut plus effectuer de versements. Les retraits et clôtures sont soumis à des règles fiscales à vérifier selon la date d’ouverture du plan.

Les plans d’épargne retraite (PER) sont dans une situation similaire — les versements ne sont plus déductibles pour un non-résident, mais les droits acquis sont maintenus.

L’assurance-vie est généralement le placement le plus portable en cas d’expatriation — hors champ de l’exit tax, les contrats sont maintenables et les rachats sont traitables depuis l’étranger. Certains contrats peuvent imposer une information à l’assureur lors du changement de résidence fiscale.

Les cotisations sociales : ce qui s’arrête

Le départ de France entraîne la perte de la couverture Sécurité sociale pour les soins effectués à l’étranger (hors UE). Il entraîne également la fin des cotisations obligatoires en France — avec des conséquences sur les droits à la retraite.

Pour les salariés détachés qui restent affiliés au régime français, les règles sont différentes. Pour les indépendants et les personnes qui cessent toute activité en France, l’affiliation s’arrête.

La Caisse des Français de l’Étranger (CFE) permet une adhésion volontaire pour maintenir une couverture maladie française depuis l’étranger — à évaluer selon le niveau de couverture de l’assurance santé internationale souscrite par ailleurs.

La chronologie des démarches

6 mois avant le départ : Consulter un conseiller fiscal spécialisé en expatriation si le patrimoine financier dépasse les seuils exit tax. Identifier les comptes bancaires, placements, assurances et biens immobiliers à déclarer ou à gérer. Envisager d’éventuelles cessions ou restructurations patrimoniales avant le départ (résidence principale, titres, etc.).

3 mois avant : Informer son employeur si détachement ou rupture de contrat. Déposer le formulaire Cerfa 3253 auprès du SIP. Prévenir l’assurance-vie, les organismes de retraite complémentaire et les banques du changement de domicile fiscal à venir.

Avant le départ : S’assurer que le logement en France est libéré (ou en location si conservation). Mettre à jour les coordonnées auprès de tous les organismes (banque, assurance, Urssaf si indépendant, caisses de retraite).

L’année du départ : Déclarer deux périodes au SIP puis au SIPNR. Déclarer tous les comptes étrangers détenus via le formulaire 3916. Déposer le formulaire 2074-ETD si exit tax applicable.

Les années suivantes : Déclaration annuelle au SIPNR pour les revenus de source française (pensions, revenus fonciers, dividendes). Formulaire 2074-ETS annuel si exit tax en sursis.

FAQ

L’exit tax concerne-t-elle tous les Français qui partent à Maurice ?

Non. L’exit tax ne s’applique qu’aux contribuables ayant été résidents fiscaux français pendant au moins 6 des 10 dernières années ET détenant des titres d’une valeur supérieure à 800 000 € ou représentant au moins 50 % du capital d’une société. La grande majorité des salariés, fonctionnaires et retraités ne sont pas concernés.

Quel est le taux de l’exit tax en 2026 ?

31,4 % : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Ce taux a augmenté suite à la loi de finances de la Sécurité sociale 2026.

Maurice est-il traité comme un pays de l’UE pour le sursis exit tax ?

Non. Maurice n’est ni dans l’UE ni dans l’EEE. Le sursis de paiement n’est pas automatique pour un départ vers Maurice — il est possible sur demande avec désignation d’un représentant fiscal et constitution de garanties.

Faut-il vendre sa résidence principale avant de partir ?

Si vous souhaitez bénéficier de l’exonération de plus-value sur résidence principale, la vente doit intervenir avant le transfert effectif de résidence fiscale. Une fois non-résident, cette exonération ne s’applique plus dans les mêmes conditions.

Que devient le PEA quand on part à Maurice ?

Le PEA n’est pas automatiquement clôturé, mais il est impossible d’y effectuer de nouveaux versements en tant que non-résident fiscal français. Les retraits sont soumis aux règles fiscales du PEA selon sa date d’ouverture. Il est conseillé de vérifier la situation spécifique avec sa banque et un conseiller fiscal avant le départ.

Romain

Romain

Romain est cofondateur de National Library et expatrié français installé à l’Île Maurice. Ayant lui-même mené l’ensemble des démarches d’expatriation, il partage une expérience concrète du terrain et des réalités administratives locales. Il rédige des contenus clairs, factuels et orientés pratique pour aider les futurs expatriés à prendre des décisions éclairées.