Partir vivre à Maurice à la retraite ne coupe pas le lien avec les caisses de retraite françaises. La pension continue de tomber — c’est la règle, et c’est une bonne nouvelle. Mais quelques démarches sont indispensables pour que tout se passe bien, et quelques mécanismes fiscaux sont suffisamment complexes pour nécessiter une attention particulière. Ce guide couvre les démarches pratiques : comment s’assurer que la pension arrive sur le bon compte, ce qu’est le certificat de vie et pourquoi l’oublier peut coûter cher, et la question fiscale dans les grandes lignes. Les situations individuelles variant beaucoup, une consultation avec un conseiller fiscal spécialisé en expatriation reste fortement recommandée avant tout départ.
Peut-on toucher sa retraite française depuis Maurice ?
Oui, sans condition de résidence. Il n’est pas nécessaire de résider en France pour percevoir sa pension de retraite française. C’est la règle générale pour toutes les pensions de retraite personnelles et de réversion, quel que soit le pays d’installation.
Une exception importante : l’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (ASPA) — l’ancien minimum vieillesse — est soumise à une condition de résidence en France. Elle s’arrête automatiquement dès lors qu’on s’installe durablement à l’étranger. Pour les retraités qui la perçoivent, c’est un point à vérifier avant le départ.
Les démarches avant de partir : ne rien oublier
Signaler son départ à la caisse de retraite
C’est la première étape, et elle est obligatoire. Contacter sa caisse de retraite principale (CNAV pour le régime général, Carsat selon la région, ou le régime spécifique selon la carrière) pour signaler le changement d’adresse et les nouvelles coordonnées bancaires.
La pension peut être versée directement sur un compte bancaire mauricien ou maintenue sur un compte français selon les préférences. Les deux options sont possibles. Maintenir un compte en France est souvent recommandé, au moins dans un premier temps, pour faciliter certains paiements et garder un pied dans le système bancaire français.
Pour les retraites complémentaires, même démarche auprès d’Agirc-Arrco et de tout autre organisme complémentaire.
Signaler le changement à l’administration fiscale française
Informer son centre des impôts du changement de domicile fiscal est indispensable. Le formulaire à utiliser est le Cerfa n° 3253 (déclaration de transfert de domicile fiscal à l’étranger), disponible sur impots.gouv.fr.
L’année du départ, il faudra déclarer deux périodes distinctes : tous les revenus perçus du 1er janvier à la date de départ, puis les revenus de source française imposables en France depuis le départ jusqu’au 31 décembre. Le service gestionnaire pour les non-résidents est le Service des Impôts des Particuliers Non-Résidents (SIPNR), qui prend en charge les déclarations des Français domiciliés hors de France.
Ouvrir un compte bancaire à Maurice
Pour recevoir la pension directement à Maurice, il faut communiquer à la caisse de retraite un RIB mauricien avec le code IBAN et le code SWIFT/BIC de la banque. Les grandes banques mauriciennes (Mauritius Commercial Bank, State Bank of Mauritius, AfrAsia Bank, Barclays Mauritius) disposent toutes de ces codes. L’ouverture de compte nécessite un permis de résidence — l’article dédié à la banque à l’île Maurice couvre cette procédure en détail.
Le certificat de vie : le piège qui fait le plus de dégâts
C’est le point opérationnel le plus important de cet article. Une fois par an, la caisse de retraite exige un certificat de vie — aussi appelé certificat d’existence — pour prouver que le bénéficiaire est toujours en vie et continuer à verser la pension. Si ce document n’arrive pas dans les délais, la pension est suspendue.
La suspension peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois, le temps de régulariser la situation. C’est une situation pénible et évitable.
Comment obtenir le certificat de vie depuis Maurice
Le certificat de vie doit être complété et signé par une autorité compétente en matière d’état civil dans le pays de résidence. Plusieurs options sont possibles depuis Maurice :
L’Ambassade de France à Port-Louis est l’option la plus simple et la plus fiable — elle est habilitée à certifier les certificats de vie pour les ressortissants français.
Certaines caisses de retraite acceptent également la certification par des autorités locales mauriciennes (mairie, notaire local) — vérifier avec sa caisse les documents acceptés.
Depuis 2022, certaines caisses proposent une vérification d’identité numérique — se renseigner auprès de son organisme sur les modalités disponibles.
Les délais à respecter
Les caisses envoient généralement le formulaire à remplir quelques semaines avant la date limite. Il faut le renvoyer dans les délais indiqués — généralement avant le 31 décembre de l’année en cours ou à la date d’anniversaire du départ selon les organismes. Ne pas attendre la dernière minute : les délais postaux entre Maurice et la France peuvent prendre 10 à 15 jours.
Certains retraités expérimentés font signer leur certificat de vie à l’ambassade dès son réception, puis l’envoient immédiatement en recommandé international — une habitude qui évite les mauvaises surprises.
La fiscalité de la pension : un sujet plus complexe qu’il n’y paraît
C’est le point sur lequel beaucoup de sites donnent des informations erronées ou incomplètes. La réalité est nuancée et dépend directement du type de pension.
Avertissement : ce qui suit est une présentation générale. Les situations individuelles varient significativement selon la nature des pensions perçues, le profil du retraité et son statut de résidence fiscale. Une consultation avec un conseiller fiscal spécialisé en expatriation est indispensable avant de prendre des décisions.
Le principe général : qui impose quoi
La convention fiscale franco-mauricienne est le texte qui régit la répartition du droit d’imposition entre les deux pays. Elle distingue deux grandes catégories de pensions.
Les pensions du secteur privé (régime général CNAV, Agirc-Arrco, régimes d’entreprise à adhésion obligatoire) : elles sont imposables dans l’État de résidence du bénéficiaire, c’est-à-dire à Maurice une fois que le retraité y est résident fiscal. C’est l’article 18 de la convention. Maurice applique un taux d’imposition sur le revenu de 15 % au-dessus du seuil d’exonération.
Les pensions du secteur public (fonctionnaires d’État, militaires, magistrats, enseignants du public, agents civils des collectivités territoriales) : elles restent imposables en France, quel que soit le pays de résidence. C’est l’article 19 de la convention. Un ancien fonctionnaire français installé à Maurice continue de payer ses impôts en France sur sa pension de fonctionnaire.
Ce point est souvent mal compris : beaucoup de sites affirment que s’installer à Maurice permet d’échapper à l’impôt français sur les retraites. C’est vrai pour les pensions privées — pas pour les pensions publiques, qui restent imposables en France quoi qu’il arrive.
La retenue à la source pour les non-résidents
Pour les retraités non-résidents fiscaux français qui perçoivent des pensions de source française imposables en France, une retenue à la source est prélevée directement par la caisse de retraite. En 2026, le barème de cette retenue à la source est progressif :
- Jusqu’à 16 826 € : 0 %
- De 16 826 à 48 790 € : 12 % (taux libératoire pour cette fraction)
- Au-delà de 48 790 € : 20 % (fraction soumise au barème progressif lors de la régularisation annuelle)
La retenue à 12 % est libératoire de l’impôt sur le revenu pour la tranche concernée. La part soumise à 20 % n’est pas libératoire — il faudra faire une déclaration auprès du SIPNR et une régularisation annuelle.
Option « taux moyen » : si le taux de retenue à la source appliqué est supérieur au taux d’imposition qui serait calculé en tenant compte de l’ensemble des revenus mondiaux, il est possible de demander l’application du « taux moyen » — plus favorable. Cette option se demande en cochant la case 8TM sur la déclaration 2042-C et en remplissant le formulaire 2041-TM.
Ce que les non-résidents ne paient plus
Bonne nouvelle sur ce point : les retraités domiciliés fiscalement hors de France ne sont plus soumis à la CSG (Contribution Sociale Généralisée), à la CRDS et à la Casa sur leur pension. Ces prélèvements sociaux sont réservés aux assurés domiciliés fiscalement en France et affiliés à un régime obligatoire français d’assurance maladie.
Une cotisation d’assurance maladie peut cependant être prélevée sur la pension dans certains cas (si le retraité relève encore d’un régime français d’assurance maladie à titre obligatoire) — à vérifier avec sa caisse.
La déclaration du compte bancaire mauricien
Tout compte bancaire détenu à l’étranger par un résident fiscal français doit être déclaré à l’administration fiscale française via le formulaire 3916, joint à la déclaration de revenus annuelle. L’amende est de 1 500 € par compte non déclaré, portée à 10 000 € si le compte est dans un État ou territoire non coopératif (ce qui n’est pas le cas de Maurice, signataire des accords OCDE d’échange automatique d’informations).
Même pour les retraités qui ne sont plus résidents fiscaux français, si des comptes bancaires français subsistent, des obligations déclaratives côté mauricien peuvent s’appliquer — à vérifier avec un conseiller.
La couverture santé : point critique pour les retraités
La Sécurité sociale française ne couvre pas les soins à l’étranger hors Union européenne. Les retraités français installés à Maurice perdent leur couverture Assurance Maladie pour les soins effectués sur place. Deux options pour se couvrir :
L’assurance santé internationale (CFE, Axa Assistance, Allianz Care, Cigna…) — la solution standard pour les expatriés retraités. Coûts variables selon l’âge, les garanties et les niveaux de remboursement. L’article dédié à l’assurance santé internationale à Maurice sur ce site couvre ce point en détail.
La Caisse des Français de l’Étranger (CFE) — adhésion volontaire à la Sécurité sociale française depuis l’étranger. Elle permet de maintenir sa couverture maladie française et de se faire rembourser les soins selon les tarifs de la Sécurité sociale, avec des délais. Moins adaptée aux soins courants à Maurice qu’une assurance internationale locale, mais utile pour les retours en France.
La chronologie des démarches
Avant le départ (3 à 6 mois) : Informer la CNAV et toutes les caisses de retraite complémentaires du changement d’adresse et des nouvelles coordonnées bancaires. Remplir le formulaire Cerfa 3253 pour le changement de domicile fiscal. Ouvrir un compte bancaire à Maurice dès l’obtention du permis de résidence. Consulter un conseiller fiscal spécialisé pour analyser sa situation personnelle (type de pension, situation matrimoniale, autres revenus).
L’année du départ : Déclarer deux périodes fiscales distinctes (avant et après le départ) auprès du SIPNR. Déclarer tous les comptes bancaires étrangers via le formulaire 3916.
Chaque année : Envoyer le certificat de vie à la caisse de retraite dans les délais. Maintenir à jour ses coordonnées auprès de toutes les caisses. Déposer la déclaration de revenus auprès du SIPNR pour les pensions de source française imposables en France.
FAQ
Peut-on percevoir sa retraite française à Maurice ?
Oui, sans condition de résidence, sauf pour l’ASPA (Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées) qui nécessite de résider en France.
Qu’est-ce que le certificat de vie et pourquoi est-il important ?
C’est un document annuel que le retraité doit envoyer à sa caisse de retraite pour prouver qu’il est toujours en vie. Si ce document n’arrive pas à temps, la pension est suspendue. Il peut être signé à l’Ambassade de France à Port-Louis.
La pension de retraite française est-elle imposable en France quand on vit à Maurice ?
Ça dépend du type de pension. Les pensions du secteur privé (CNAV, Agirc-Arrco) sont imposables à Maurice une fois que le retraité y est résident fiscal. Les pensions du secteur public (fonctionnaires) restent imposables en France, quel que soit le pays de résidence.
Paye-t-on la CSG depuis Maurice ?
Non. Les retraités domiciliés fiscalement hors de France ne sont pas soumis à la CSG, la CRDS et la Casa. C’est l’un des avantages fiscaux réels de l’installation à l’étranger.
Faut-il conserver un compte bancaire en France ?
C’est recommandé, au moins dans les premières années. Certains paiements (remboursements de frais médicaux en cas de retour en France, prélèvements automatiques locaux) sont plus simples avec un compte français. Cela donne aussi une souplesse en cas de retour temporaire ou définitif.