C’est une question qui paraît simple, mais dont la réponse est plus subtile qu’on ne le croit. L’île Maurice n’avait pas de population autochtone : personne n’y vivait avant l’arrivée des navigateurs. Alors qui l’a « découverte » ? Les Arabes en connaissaient l’existence bien avant les Européens ; les Portugais furent les premiers à y poser le pied ; et ce sont finalement les Néerlandais qui lui donnèrent son nom. Voici l’histoire de cette découverte, étape par étape.
Une île longtemps déserte
Avant toute chose, un fait essentiel : l’île Maurice était totalement inhabitée jusqu’à l’époque coloniale. Contrairement à beaucoup de terres « découvertes » par les Européens, il n’y avait ici ni peuple, ni culture préexistante à rencontrer — seulement une nature luxuriante et une faune unique, dont le célèbre dodo, cet oiseau incapable de voler qui n’avait jamais connu de prédateur.
Cette absence de population explique pourquoi la notion de « découverte » est ici particulière : il ne s’agit pas de la rencontre d’une civilisation, mais de la reconnaissance progressive d’une terre vierge par des marins de passage. Et dans cette histoire, plusieurs peuples se succèdent.
Les Arabes, premiers à en attester l’existence
Ce sont les navigateurs arabes qui, les premiers, connaissent l’île. Sillonnant l’océan Indien au Moyen Âge, ils en attestent l’existence sous le nom de Dina Arobi. La preuve la plus tangible nous vient d’un document célèbre : le planisphère de Cantino, une carte produite en 1502, sur laquelle l’île figure déjà sous son nom arabe — ce qui signifie que sa connaissance est bien antérieure à l’arrivée des Européens.
Les historiens divergent sur la date précise de ces premiers contacts arabes : certains évoquent le Ve siècle, d’autres le IXe ou le Xe. Une chose est sûre : les Arabes n’ont jamais cherché à s’y établir. Pour eux, comme pour ceux qui suivront longtemps, l’île n’était qu’un point sur les cartes, sans intérêt d’occupation.
Les Portugais, premiers Européens à y débarquer
Au début du XVIe siècle, après que le traité de Tordesillas (1494) leur eut ouvert la voie de l’océan Indien, les navigateurs portugais deviennent les premiers Européens à mettre le pied sur l’île. Ils la baptisent Cirné (ou Ilha do Cirne), un nom souvent associé à l’oiseau emblématique qu’ils y découvrent, le dodo.
Là encore, la date exacte et le nom du découvreur divergent selon les historiens : les sources situent l’événement entre 1505 et 1513, et le nom du capitaine portugais reste incertain. Ce flou s’explique par le peu d’intérêt que les Portugais portaient à l’île : ils ne s’y installèrent pas, s’en servant uniquement comme escale pour se ravitailler en eau et en vivres sur la route des Indes. Ils laissèrent surtout leur empreinte dans les noms : c’est le navigateur Pedro Mascarenhas qui donna son nom à l’archipel des Mascareignes (Maurice, La Réunion, Rodrigues).
Les Néerlandais, premiers colons et parrains du nom « Maurice »
Il faut attendre la fin du XVIe siècle pour que l’île suscite un vrai intérêt. En 1598, une escadre néerlandaise commandée par le vice-amiral Wybrand van Warwyck débarque sur l’île déserte et en prend possession. Ce sont eux qui lui donnent son nom actuel : Mauritius, en l’honneur du prince Maurice de Nassau, stathouder des Provinces-Unies.
Les Néerlandais sont les premiers à percevoir la valeur stratégique de l’île, sur la route des Indes, et à exploiter ses richesses, notamment son bois d’ébène. Ils tentent de la coloniser à plusieurs reprises au XVIIe siècle et y introduisent la canne à sucre, mais les cyclones, les maladies et les rats ont raison de leurs efforts. Ils finissent par abandonner l’île vers 1710. C’est aussi durant leur présence que le dodo disparaît, devenant le symbole mondial des espèces éteintes.
Et après ? Français, Britanniques et indépendance
L’histoire ne s’arrête pas là. En 1715, les Français prennent possession de l’île et la rebaptisent Isle de France. C’est sous leur administration, marquée par le gouverneur Mahé de La Bourdonnais, que l’île se développe véritablement : fondation de Port-Louis, essor du commerce et des plantations. C’est de cette époque que date le peuplement permanent de l’île.
En 1810, après la période napoléonienne, les Britanniques s’emparent de l’île et lui rendent son nom de Mauritius, tout en conservant le droit civil français et la langue française. L’île restera britannique jusqu’à son indépendance, le 12 mars 1968.
C’est cette succession de peuples — arabes, portugais, néerlandais, français, britanniques, auxquels s’ajoutent les populations africaines, malgaches, indiennes et chinoises arrivées au fil des siècles — qui a forgé l’extraordinaire diversité culturelle de l’île Maurice d’aujourd’hui.
FAQ : la découverte de l’île Maurice
Qui a découvert l’île Maurice en premier ?
Les navigateurs arabes furent les premiers à en attester l’existence, au Moyen Âge, sous le nom de Dina Arobi — l’île figure sur une carte de 1502. Mais ce sont les Portugais qui, au début du XVIe siècle, furent les premiers Européens à y débarquer. L’île était inhabitée auparavant.
L’île Maurice avait-elle une population d’origine ?
Non. L’île était totalement déserte avant l’arrivée des navigateurs : aucune population autochtone n’y vivait. C’est ce qui rend sa « découverte » particulière, et qui explique que son peuplement soit entièrement issu de vagues d’immigration successives.
D’où vient le nom « Maurice » ?
Il a été donné par les Néerlandais en 1598, en l’honneur du prince Maurice de Nassau. Auparavant, l’île était appelée Dina Arobi par les Arabes, puis Cirné par les Portugais. Les Français la nommèrent un temps Isle de France, avant que les Britanniques ne rétablissent le nom de Mauritius.
Pourquoi les Portugais ne se sont-ils pas installés à Maurice ?
Parce que l’île ne présentait pour eux aucun intérêt commercial ou stratégique majeur à l’époque. Ils s’en servaient seulement comme escale pour se ravitailler sur la route des Indes, sans chercher à la coloniser.
Quel rôle le dodo joue-t-il dans cette histoire ?
Le dodo, oiseau endémique incapable de voler, vivait sur l’île au moment de sa découverte. Sans prédateur naturel, il fut rapidement décimé après l’arrivée des navigateurs et avait disparu dès la fin du XVIIe siècle. Il est devenu l’emblème de Maurice et un symbole mondial de l’extinction des espèces.
Quand l’île Maurice est-elle devenue indépendante ?
Après les colonisations néerlandaise, française puis britannique, l’île Maurice a accédé à l’indépendance le 12 mars 1968, date célébrée chaque année comme fête nationale.