Curepipe est la deuxième plus grande ville de l’île Maurice — et sans doute la moins bien connue des voyageurs étrangers, concentrés sur les côtes et leurs lagons. C’est précisément ce qui en fait une découverte précieuse. Perchée à 550-650 mètres d’altitude sur le plateau central, enveloppée d’une brume fraîche et mystérieuse que la mer ne connaît pas, Curepipe est la ville la plus européenne de Maurice — avec ses maisons coloniales créoles, ses ateliers de maquettes de bateaux, son cratère volcanique, ses institutions éducatives d’élite et son hôtel de ville du XIXe siècle. Un autre visage de l’île, radicalement différent du lagon turquoise et des cocotiers.
Nom, altitude, position
Curepipe se trouve au centre de l’île Maurice, dans le district des Plaines Wilhems, à 20 km de Port-Louis et à 30 km de Mahébourg. Son altitude varie entre 550 et 650 mètres selon les sources et les quartiers. Elle est entourée par les autres villes du plateau central : Vacoas, Phoenix, Quatre Bornes et Rose Hill.
L’étymologie du nom est l’une des plus pittoresques de l’île. Plusieurs versions circulent, toutes liées aux soldats et voyageurs qui traversaient l’île. La plus répandue : pendant la période napoléonienne, les soldats français de la garnison installée sur ce plateau central — à mi-chemin entre Port-Louis au nord-ouest et Grand Port au sud-est — s’y arrêtaient lors de leurs traversées. Leur principale occupation lors de ces haltes consistait à fumer la pipe et à la curer quand elle était bouchée. D’où : Curepipe. Une autre version plus pragmatique : les voyageurs à pied qui reliaient Port-Louis à Mahébourg s’arrêtaient sur ce plateau après plusieurs heures de marche pour souffler, casser la croûte, faire une sieste — et « curer leur pipe ». Dans les deux cas, c’est l’image d’une ville-étape, d’un lieu de pause, qui est à l’origine du nom.
Histoire : de la garnison à la « Ville Lumière »
Les origines coloniales
Curepipe n’a pas de passé colonial extraordinaire — pas de bataille célèbre, pas de port stratégique. C’est une ville née du hasard géographique : sa position centrale sur le plateau, à mi-chemin entre les deux principales villes de l’île, en a fait une halte naturelle. Au début du XIXe siècle, les Britanniques construisent une route reliant Mahébourg à Port-Louis. Curepipe devient un lieu de passage obligé, et la ville commence son développement : un hôtel-relais, quelques habitations sur les hauteurs. L’ouverture d’une gare en 1825 accélère ce développement.
L’exode de Port-Louis et l’essor de la ville bourgeoise
Le tournant décisif de l’histoire de Curepipe survient à la fin du XIXe siècle : une épidémie de malaria dévaste Port-Louis. Les familles aisées — colons blancs, grands propriétaires, commerçants prospères — fuient la capitale et ses moustiques pour s’installer sur les hauteurs fraîches et saines du plateau central, à l’abri des fièvres. Curepipe devient la ville résidentielle bourgeoise de Maurice. C’est dans ce contexte que sont construites les belles demeures coloniales créoles qui font encore le charme de la ville aujourd’hui, en particulier dans le quartier de Forest Side.
Statut de village octroyé en 1878, statut de ville en 1890. La même année, Curepipe devient la première ville de l’île Maurice à être électrifiée — d’où son surnom permanent : la « Ville Lumière ». Une fierté locale qui traverse les siècles.
Aujourd’hui, Curepipe est une ville résidentielle d’environ 100 000 habitants, où résident plusieurs membres du gouvernement mauricien ainsi que de nombreux expatriés attirés par la fraîcheur et la proximité de Port-Louis.
Géographie et climat : la ville fraîche de l’île
Le microclimat de Curepipe est l’une de ses caractéristiques les plus marquantes. Perchée sur les hauteurs du plateau central, la ville est la plus pluvieuse et la plus fraîche de l’île — une réputation locale bien établie. Les températures oscillent entre 16 °C et 27 °C selon la saison. En hiver austral (mai-septembre), les matins peuvent être froids, la brume est fréquente, et les habitants portent une veste légère le soir.
Cette fraîcheur est appréciée des résidents mais peut surprendre les touristes habitués aux 30 °C du littoral. Emporter une couche chaude si vous prévoyez de passer du temps à Curepipe ou d’y monter depuis la côte — l’écart de température peut être de 8 à 10 °C par rapport à Grand Baie ou Flic en Flac.
Précipitations annuelles importantes — environ 1 250 mm de pluies par an, contre 600-800 mm sur la côte nord et ouest. Cette humidité explique la végétation luxuriante et verdoyante du plateau, et aussi la brume matinale qui donne à Curepipe son atmosphère particulière.
Meilleure période pour visiter Curepipe : de mai à octobre, avec un pic de qualité de juin à octobre — ciel plus dégagé, brume moins persistante, meilleures vues depuis le Trou aux Cerfs.
Le Trou aux Cerfs — le volcan endormi au cœur de la ville
C’est le site naturel le plus emblématique de Curepipe et l’un des plus surprenants de l’île Maurice. Le Trou aux Cerfs est un cratère volcanique endormi perché à environ 605 mètres d’altitude, en plein cœur de la ville.
Les dimensions : environ 300 mètres de diamètre et 80 à 100 mètres de profondeur. Le fond abrite un petit lac temporaire après les fortes pluies.
Ce qui s’y passe : une route circulaire de 1,8 km fait le tour complet du cratère — praticable en voiture, à vélo ou à pied en environ 30 minutes pour les piétons. Des points de vue aménagés permettent de regarder le fond du cratère et de contempler le panorama sur la ville. Par temps clair, on distingue la montagne du Rempart (les Trois Mamelles) à l’ouest et la montagne Saint-Pierre au nord-ouest. Par temps exceptionnel, certains affirment apercevoir jusqu’à la côte.
Le nom « Trou aux Cerfs » vient de la période coloniale — les cerfs de Java introduits par les Hollandais étaient piégés dans le cratère lors des parties de chasse coloniales.
Accès : gratuit. Parking disponible sur place. Le matin tôt (avant 9h) est le meilleur moment — lumière favorable, brume encore présente parfois, oiseaux actifs dans la végétation du cratère.
Le patrimoine architectural : la ville coloniale
L’Hôtel de Ville — le joyau de Curepipe
L’Hôtel de Ville de Curepipe est l’édifice le plus photographié de la ville et l’un des plus beaux exemples d’architecture coloniale mauricienne. Construction du XIXe siècle (inauguré en 1902), il a été bâti à partir des matériaux d’une ancienne habitation privée. Il a subi une rénovation majeure en 2022-2023 qui a fait ressortir toute la beauté et l’élégance de cette bâtisse — façade blanche, large véranda à colonnades, toiture en tôle caractéristique des constructions coloniales créoles.
Dans les jardins de l’Hôtel de Ville se trouve une des sculptures les plus célèbres de Maurice : le groupe sculpté de Paul et Virginie signé par Prosper d’Epinay, sculpteur mauricien, à la fin du XIXe siècle. Paul portant Virginie dans ses bras pour traverser un ruisseau — le passage le plus iconique du roman de Bernardin de Saint-Pierre. C’est une des répliques de la statue de marbre conservée au Blue Penny Museum.
À proximité immédiate de l’Hôtel de Ville se trouvent :
Le Monument aux Morts de la guerre 1914-1918 — une sculpture représentant un poilu français et un Tommy anglais côte à côte, symbole unique de la réalité mauricienne : des soldats des deux nations coloniales réunis en hommage commun.
La Bibliothèque Carnegie (1917) — financée par la Fondation Carnegie, c’est l’une des plus anciennes bibliothèques de l’île. Elle abrite des manuscrits du XIXe siècle et organise des expositions culturelles.
Le Collège Royal de Curepipe — l’excellence académique
Construit en 1912, le Collège Royal de Curepipe est l’un des établissements secondaires les plus prestigieux de l’île Maurice. Il figure parmi les six « star schools » de Maurice — les six lycées d’élite qui forment l’essentiel de l’élite intellectuelle du pays. Il accueille en priorité les élèves classés parmi les 150 premiers au Certificat d’Études Primaires. L’établissement est non-mixte (garçons uniquement), norme dans le système éducatif mauricien.
L’Église Sainte-Thérèse
Construite en 1872, l’Église Sainte-Thérèse est la plus grande église de l’île Maurice. Elle domine le centre-ville avec son architecture néo-gothique en pierres de taille.
Les demeures coloniales créoles
Le quartier de Forest Side est le plus riche en demeures coloniales créoles préservées. Ces maisons caractéristiques de l’architecture mauricienne du XIXe siècle — larges vérandas donnant sur la rue, toits en tôle ondulée, jardins luxuriants, décors en bois ouvragé — témoignent du passé bourgeois de la ville. Une promenade dans Forest Side offre l’une des plus belles immersions dans l’architecture coloniale mauricienne accessible à tous.
Le Jardin Botanique de Curepipe
Moins spectaculaire que le grand jardin de Pamplemousses, le Jardin Botanique de Curepipe est un espace de verdure de 2 hectares au cœur de la ville. Son atmosphère est plus intime, son entretien minutieux. Il abrite notamment :
- Le dernier spécimen vivant de palmier Hyophorbe amaricaulis au monde — une espèce endémique des Mascareignes dont les graines sont malheureusement stériles, et qui disparaîtra avec cet unique survivant
- Des espèces endémiques des Mascareignes : ébène de Maurice, fougères rares, bois de natte, bois d’olive, tambalacoque
- Un kiosque à musique datant de l’époque victorienne
- Un petit lac central entouré de palmiers lataniers et palmistes bouteilles
C’est un des « poumons verts » de la ville, apprécié des promeneurs en fin d’après-midi.
Les maquettes de bateaux — l’artisanat signature
Curepipe est la capitale mauricienne des maquettes de bateaux. Cet artisanat né de l’histoire maritime de l’île — grands chantiers navals du XVIIIe siècle, richesse portuaire de Port-Louis — s’est concentré dans les ateliers du plateau central.
Les artisans reproduisent à la main, avec une précision étonnante, des répliques de voiliers et navires historiques : le Bounty, le Victory, la Cutty Sark, le Vasa, la Santa Maria, les goélettes de l’époque coloniale. Chaque maquette peut prendre des semaines à construire — découpe, assemblage, gréement, peinture, voilure.
Comment choisir ? Les prix et la qualité varient considérablement d’un atelier à l’autre. Il est vivement conseillé de visiter plusieurs ateliers avant d’acheter. Certains proposent des visites des ateliers de fabrication — observer les artisans au travail est une expérience en soi. Les boutiques centrales pratiquent parfois des prix plus élevés que les ateliers en périphérie.
Où trouver ? Nombreux ateliers et magasins dans Curepipe et les environs. La plus grande fabrique de l’île se trouve à Goodland, dans le nord. À Curepipe, les rues autour du centre commercial Rouget et dans le quartier de Forest Side concentrent plusieurs adresses réputées.
La Takamaka Winery — cave de vins de litchis
Unique en son genre à l’île Maurice et sans doute dans le monde, la Takamaka Winery produit des vins à base de litchis. Située à quelques minutes de Curepipe, cette propriété propose des visites guidées du processus de vinification — du pressage des fruits à la mise en bouteille — suivies d’une dégustation. C’est une expérience gastronomique vraiment originale et méconnue.
Le Domaine des Aubineaux — maison coloniale et musée du thé
Située à Forest Side, en bordure de Curepipe, la demeure des Aubineaux est une magnifique maison coloniale du XIXe siècle entourée de jardins et d’une plantation de thé. Elle est intégrée à la Route du Thé — circuit touristique qui relie le Domaine des Aubineaux, le Domaine de Bois Chéri et le Domaine de Saint-Aubin. La dégustation de thés locaux dans la belle véranda est un des moments les plus appréciés de cette visite. Le Musée du Thé à l’intérieur retrace l’histoire de la culture du thé à Maurice.
Le marché de Curepipe
Le marché central de Curepipe est beaucoup moins touristique que celui de Port-Louis — et c’est précisément son intérêt. On y trouve des produits frais, des épices, des tissus, de l’artisanat, et les meilleurs samoussas de la ville selon les habitués. L’ambiance est décontractée, les marchands bavards et accueillants. C’est une des meilleures plongées dans la vie quotidienne mauricienne accessible à Curepipe.
Le shopping à Curepipe
Curepipe est connue pour ses boutiques d’usine et hors-taxes qui en font le paradis du shopping de l’intérieur de l’île. Les galeries marchandes du centre proposent des vêtements (notamment du prêt-à-porter fabriqué localement dans les zones franches), du textile, des souvenirs, de l’artisanat, et bien sûr les maquettes de bateaux. Le centre commercial Rouget est le plus connu. Moins fréquenté par les touristes que Grand Baie, Curepipe offre souvent de meilleurs prix sur les articles locaux.
Les sites naturels à proximité
La Mare aux Vacoas
À quelques kilomètres au sud de Curepipe, la Mare aux Vacoas est la plus grande réserve d’eau de l’île Maurice — un lac de retenue artificiel de 10 km² qui alimente une grande partie de la côte ouest en eau potable. Elle tire son nom d’un arbre endémique des Mascareignes (Dicranopteris linearis). Son environnement verdoyant et calme se prête à de belles promenades.
Le Grand Bassin (Ganga Talao)
À environ 12 km au sud et 25-30 minutes de route, le Grand Bassin est un lac sacré dans un ancien cratère volcanique à 550 mètres d’altitude. Lieu de pèlerinage hindou le plus important de Maurice, avec ses temples colorés et la statue monumentale de Shiva haute de 33 mètres (la plus haute de l’île). Ouvert dès 5h le matin.
Le Parc national des Gorges de la Rivière Noire
À 30-40 minutes de Curepipe vers le sud-ouest, le plus grand parc national de l’île (6 700 hectares) est accessible en voiture depuis Curepipe via la route de Plaine Champagne. Le centre d’information de Pétrin est la principale porte d’entrée.
Les 7 Cascades de Tamarin
Les chutes de Tamarin, accessibles depuis Henrietta (à 11 km de Curepipe), sont parmi les sites naturels les plus proches de la ville pour une excursion nature d’une demi-journée ou d’une journée.
Comment se rendre à Curepipe
En voiture depuis Port-Louis : A1 ou M1 vers le sud, sortie Curepipe. Environ 30-40 minutes. L’autoroute M1 est la plus rapide.
En voiture depuis l’aéroport : environ 30-40 minutes par la M2 puis la M1.
En bus : Curepipe est bien desservie depuis Port-Louis (bus numéros 67, 73, 77 et autres) et depuis Mahébourg. Les bus partent de la gare centrale de Port-Louis et arrivent au terminal de Curepipe. Le trajet prend environ 45-60 minutes.
En Metro Express : Curepipe est le terminus sud de la ligne de métro léger Metro Express, inaugurée en 2021, qui relie Curepipe à Port-Louis via Quatre Bornes et Rose Hill. C’est la façon la plus moderne et rapide de relier les deux villes sans embouteillages.
Informations pratiques
Ce qu’il faut savoir sur le climat : apporter une couche chaude et un imperméable léger, même en été. L’écart de température avec la côte peut être de 8-10 °C. La brume est fréquente le matin et peut gêner les vues depuis le Trou aux Cerfs.
Durée de visite recommandée : une demi-journée à une journée complète suffit pour voir les sites principaux. Curepipe se combine naturellement avec Chamarel, les Gorges de la Rivière Noire et le Grand Bassin dans une grande excursion du centre-sud de l’île.
Séquence recommandée : Trou aux Cerfs le matin (arriver avant 9h pour la clarté), flânerie dans le centre-ville (Hôtel de Ville, marché, bibliothèque Carnegie), déjeuner à Curepipe, shopping l’après-midi (maquettes de bateaux, boutiques d’usine), descente vers Chamarel ou les Gorges.
FAQ
Curepipe vaut-elle vraiment la visite pour les touristes ?
Oui — mais avec les bonnes attentes. Ce n’est pas une destination balnéaire, et il n’y a pas le spectacle visuel du lagon. C’est une ville qui offre le vrai visage de Maurice : colonial, authentique, sans touristes en masse. Le Trou aux Cerfs, les demeures coloniales de Forest Side, le marché local et les ateliers de maquettes de bateaux constituent une demi-journée mémorable très différente du reste du voyage.
Quel est le meilleur moment pour visiter le Trou aux Cerfs ?
Tôt le matin, entre 7h et 9h, avant que la brume et les nuages habituels de Curepipe ne bouchent les vues. En hiver austral (mai-octobre), la visibilité est globalement meilleure. La journée, le brouillard peut complètement cacher les panoramas.
Peut-on acheter des maquettes de bateaux directement dans les ateliers ?
Oui — et c’est recommandé. Plusieurs ateliers ouvrent au public. Observer les artisans au travail est une expérience en soi, et les prix sont souvent meilleurs que dans les boutiques touristiques. Visiter plusieurs adresses pour comparer qualité et tarifs.
Curepipe est-elle loin des plages ?
La plage la plus proche est Flic en Flac sur la côte ouest, à environ 25-30 minutes de route. Le lagon de Trou aux Biches est à 40-45 minutes. Ce n’est pas une destination balnéaire — mais sa position centrale en fait une excellente base pour rayonner vers toutes les côtes.
Le Metro Express s’arrête-t-il à Curepipe ?
Oui — Curepipe est le terminus sud de la ligne Metro Express. Le métro léger mauricien relie Curepipe à Port-Louis en environ 45 minutes via Rose Hill et Quatre Bornes, sans embouteillages. C’est une option pratique et économique pour la liaison quotidienne entre les deux villes.