S’installer à l’île Maurice, y acheter un bien locatif ou y percevoir sa retraite soulève immédiatement la même question : qui va m’imposer, et combien ? La réponse tient dans un document signé il y a plus de quarante ans entre Paris et Port-Louis, et toujours bien vivant aujourd’hui : la convention fiscale franco-mauricienne. C’est elle qui répartit, revenu par revenu, le droit d’imposer entre les deux pays. La connaître évite la double imposition. La mal comprendre peut coûter cher.
Voici ce que dit réellement ce texte, sans jargon inutile et sans promesses exagérées.
À lire avant tout. Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. La fiscalité internationale dépend étroitement de votre situation individuelle (résidence, nature des revenus, structuration patrimoniale) et évolue régulièrement. Chaque profil étant unique, la meilleure décision passe par une analyse sur mesure : contactez-nous pour faire le point sur votre situation et être accompagné dans vos démarches. Les informations ci-dessous reflètent l’état de la convention connu à la date de publication.
Une convention ancienne, toujours en vigueur
La France et l’île Maurice ont signé leur convention de non-double imposition le 11 décembre 1980 à Port-Louis. Entrée en vigueur en 1982, elle a été modernisée par un avenant signé le 23 juin 2011, qui a notamment introduit l’échange automatique de renseignements entre les deux administrations et la levée du secret bancaire.
Un point important en 2026 : contrairement à d’autres conventions que la France a récemment suspendues ou dénoncées (avec le Mali et le Niger, par exemple), la convention franco-mauricienne reste pleinement applicable. Aucune dénonciation n’est intervenue. C’est une donnée à vérifier régulièrement, mais à ce jour le cadre est stable.
Son principe est simple : pour chaque type de revenu, le texte désigne lequel des deux pays a le droit d’imposer, afin qu’un même revenu ne soit pas taxé deux fois.
Qui est résident fiscal de quel pays ?
C’est la question de départ, et la plus piégeuse. Tout dépend de votre résidence fiscale, pas de votre nationalité.
Une personne domiciliée fiscalement en France y est imposée sur l’ensemble de ses revenus mondiaux. À l’inverse, en devenant résident fiscal mauricien, vous basculez en principe sous le régime de Maurice pour la plupart de vos revenus, nettement plus doux. Mais l’administration française ne lâche pas facilement un contribuable.
Si vous prétendez résider à Maurice tout en conservant des attaches fortes en France (résidence principale, centre des intérêts familiaux, séjours fréquents, activité économique), le fisc français peut vous requalifier en résident français. Les deux administrations échangent leurs informations depuis l’avenant de 2011, et les écarts se détectent. La règle d’or, pour tout candidat à l’expatriation : la résidence fiscale mauricienne doit être réelle et démontrable, pas une façade.
Comment sont imposés les principaux revenus
C’est le cœur de la convention. Voici la répartition pour les cas les plus courants. Les articles cités sont ceux du texte ; les taux mauriciens sont donnés à titre indicatif et doivent être vérifiés selon votre situation.
Les revenus immobiliers (article 6)
Les loyers tirés d’un bien situé à Maurice sont imposables exclusivement à Maurice. C’est l’un des grands attraits du dispositif pour les investisseurs français : un appartement loué à Maurice échappe à l’impôt français sur ces loyers, à condition que le bien soit bien situé sur l’île.
Les dividendes (article 10)
Pour un résident mauricien percevant des dividendes de source française, la retenue à la source française est plafonnée à 15 % (et même 5 % en cas de participation supérieure à 25 %, cas rare pour un particulier). Sans convention, la France appliquerait son prélèvement forfaitaire de 30 % aux non-résidents : le traité divise donc la charge par deux dans bien des cas, le crédit d’impôt mauricien venant ensuite éviter la double imposition.
Les pensions de retraite (articles 18 et 19)
La distinction est essentielle et souvent mal comprise :
- Pensions du secteur privé (article 18) : imposables uniquement à Maurice. Avec un taux mauricien de l’ordre de 15 %, l’écart avec le barème progressif français peut être substantiel.
- Pensions du secteur public, des fonctionnaires (article 19) : elles restent imposables en France. Une exception existe pour les bénéficiaires de nationalité mauricienne ne possédant pas la nationalité française.
C’est un point décisif pour les retraités qui envisagent Maurice : un ancien salarié du privé et un ancien fonctionnaire ne sont pas logés à la même enseigne.
Les salaires et le télétravail
Pour qu’un salaire soit imposé à Maurice, l’activité doit être physiquement exercée depuis l’île. En 2026, l’administration française surveille de près les télétravailleurs qui se déclarent à Maurice tout en travaillant, en réalité, depuis la France. La preuve de la présence effective sur place devient déterminante.
La fortune immobilière et l’IFI (article 23)
La fortune constituée de biens immobiliers est imposable dans l’État où ces biens sont situés. Conséquence concrète : un bien immobilier détenu à Maurice par un résident fiscal mauricien n’entre pas dans l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) français. En revanche, tant que vous êtes domicilié en France, votre patrimoine immobilier mondial reste, lui, dans le champ de l’IFI.
Comment la double imposition est concrètement évitée (article 24)
Le mécanisme principal est celui du crédit d’impôt. Lorsqu’un revenu a déjà été imposé dans un pays, l’autre accorde un crédit correspondant, de sorte que le contribuable ne paie pas deux fois sur la même somme. Selon les cas, l’élimination passe par une exonération dans un pays ou par l’imputation de l’impôt déjà payé. Le résultat recherché est toujours le même : une imposition unique, et non cumulée.
Les points de vigilance à ne pas négliger
La convention est favorable, mais elle ne dispense d’aucune obligation déclarative. Quelques réflexes s’imposent :
- Déclarer son départ à son centre des impôts français lors de l’expatriation, et anticiper les éventuels effets de l’« exit tax » sur certaines plus-values latentes.
- Conserver tous les justificatifs (revenus français, avis d’imposition, correspondances avec les administrations) pendant au moins six à sept ans : l’administration peut réclamer des preuves pour vérifier un crédit d’impôt.
- Rester honnête et complet dans ses déclarations dans les deux pays. L’échange d’informations entre la France et Maurice rend toute incohérence facilement détectable.
Ces sujets sont précisément ceux où une erreur peut transformer une optimisation légale en redressement. D’où l’intérêt d’un accompagnement professionnel avant de structurer quoi que ce soit.
FAQ : convention fiscale France-Maurice
La convention fiscale France-Maurice est-elle toujours en vigueur en 2026 ?
Oui. Signée en 1980 et modernisée par l’avenant de 2011, elle n’a fait l’objet d’aucune dénonciation et reste pleinement applicable en 2026. Les dénonciations de conventions évoquées récemment par la France concernaient d’autres pays.
Les loyers d’un bien situé à Maurice sont-ils imposables en France ?
Non. En vertu de l’article 6, les revenus locatifs d’un bien situé à Maurice sont imposables exclusivement à Maurice. Encore faut-il que le bien y soit réellement situé et que votre situation de résidence soit cohérente.
Ma retraite sera-t-elle moins imposée à Maurice ?
Cela dépend de son origine. Une pension du secteur privé est imposable uniquement à Maurice (article 18), généralement à un taux plus avantageux. Une pension de fonctionnaire reste, elle, imposable en France (article 19), sauf exception liée à la nationalité.
Suffit-il d’acheter un bien à Maurice pour devenir résident fiscal mauricien ?
Non, et c’est une confusion fréquente. La résidence fiscale repose sur des critères précis (présence effective, centre des intérêts vitaux). Détenir un bien ne suffit pas, et conserver des attaches importantes en France expose à une requalification en résident fiscal français.
Faut-il déclarer quelque chose en France après s’être installé à Maurice ?
Oui. Le départ doit être signalé à l’administration fiscale française, certaines obligations subsistent (revenus de source française, IFI sur le patrimoine immobilier français le cas échéant), et il faut conserver l’ensemble des justificatifs plusieurs années.
Qui consulter pour sécuriser ma situation ?
Un avocat fiscaliste ou un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé en mobilité internationale. La convention offre un cadre avantageux, mais son application correcte dépend entièrement de votre situation personnelle, qu’un professionnel saura analyser.