Tropical beach

Est-ce que l’île Maurice est française ? Histoire, statut et liens avec la France

La question revient souvent, et elle est légitime. L’île Maurice parle français, a des plats qui ressemblent à la cuisine créole réunionnaise, s’appelle parfois encore Isle de France dans les vieux textes, et ses habitants passent régulièrement par Paris. Alors, Maurice est-elle française ? La réponse courte est non — mais l’histoire longue est bien plus intéressante que cette simple négation.

La réponse directe : non, l’île Maurice n’est pas française

L’île Maurice n’est pas française. Elle était une colonie britannique jusqu’à son indépendance en 1968, et c’est pourquoi l’anglais reste l’une des langues officielles du pays. Depuis cette indépendance, Maurice est la République de Maurice — un État souverain, membre du Commonwealth britannique et de la Francophonie, avec son propre gouvernement, sa propre monnaie et son propre passeport.

Ce qui crée la confusion, c’est l’histoire. L’île Maurice a bien été française — pendant près d’un siècle. Et cette présence française a laissé des traces si profondes qu’elles sont encore visibles aujourd’hui dans la langue, la cuisine, l’architecture et la culture.

L’île Maurice a été française pendant 95 ans

En 1715, une expédition française a pris officiellement possession de l’île au nom du roi et l’a rebaptisée Isle de France. Cela a marqué le point de départ d’une colonisation qui durera près d’un siècle et qui façonnera l’identité culturelle de l’île. D’abord confiée à la Compagnie des Indes, Maurice s’est avérée un maillon essentiel dans la conquête de l’océan Indien.

Port-Louis, élevée au rang de capitale, a été nommée ainsi en hommage à Louis XV. Le gouverneur Mahé de La Bourdonnais a joué un rôle clé : il lui incombait de renforcer les fortifications, de construire des routes, de développer la construction navale et de bâtir les premiers grands édifices de Port-Louis.

Autonome sous la Révolution française, l’île devient le centre de la guerre de course dans l’océan Indien et tombe en 1810 aux mains des Anglais. Le traité de Paris de 1814 en fait une colonie britannique où reste curieusement en vigueur l’essentiel des codes napoléoniens.

De 1810 à 1968 : 158 ans sous la couronne britannique

En août 1810, après la guerre franco-britannique, l’île Maurice fut occupée par les Britanniques, ce qui fut ratifié par le traité de Paris de 1814. Les Britanniques récupérèrent le nom hollandais de l’île : Mauritius. Ils ont maintenu l’essentiel de la culture française sur l’île — langue, codes juridiques, noms de lieux — ce qui explique pourquoi Maurice est restée si profondément francophone malgré 158 ans de domination britannique.

L’île Maurice a adopté sa nouvelle constitution et l’indépendance a été proclamée le 12 mars 1968. Sir Seewoosagur Ramgoolam est devenu le premier Premier ministre d’une île Maurice indépendante. Le 12 mars 1992, la République a été proclamée et un président de la République élu pour cinq ans par le Parlement s’est substitué à l’ancien gouverneur général.

L’histoire encore plus ancienne : avant les Français et les Anglais

L’île Maurice ne fut pas découverte directement par la France. Au IXe siècle, les Arabes la fréquentaient et la nommaient Dina Arobi. Au XVIe siècle, les navigateurs portugais furent les premiers Européens à y débarquer sans toutefois s’y installer. En 1598, les Hollandais en prirent possession et la baptisèrent Mauritius en hommage à leur prince Maurice de Nassau. Ils l’occupèrent de 1638 à 1710 avant d’abandonner l’île, épuisés par les cyclones et le manque de rentabilité. C’est seulement après ce départ hollandais que les Français arrivèrent.

Ce que la France a laissé à Maurice

Si l’île Maurice n’est plus française depuis plus de deux siècles, l’empreinte de la colonisation française reste omniprésente.

La langue française

Le français est la langue du quotidien à Maurice, bien plus que l’anglais pourtant officiel. Les médias, la presse, les panneaux de signalisation et les conversations entre Mauriciens utilisent massivement le français et le créole mauricien — lui-même dérivé du français à environ 80 %. En 1814, lors du traité de Paris, les Britanniques ont accepté de maintenir la langue et les coutumes françaises en vigueur sur l’île pour faciliter la transition. Un engagement tenu.

Le droit et les institutions

Certaines lois du Code Napoléon sont encore en vigueur à l’île Maurice aujourd’hui — un héritage juridique unique dans un pays du Commonwealth. Le droit de la famille et le droit de propriété mauriciens gardent des traces directes de la codification napoléonienne.

L’architecture et les noms de lieux

Port-Louis, Grand Baie, Flic en Flac, Pamplemousses, Belle Mare, Trou aux Biches — la quasi-totalité des noms de lieux à Maurice sont d’origine française. Les maisons coloniales à vérandas, les cases créoles en bois et les grandes demeures des anciens planteurs sont l’héritage architectural direct de la période française.

La gastronomie créole

La cuisine mauricienne est indissociable de l’influence française. Les techniques de cuisson, les sauces, les pâtisseries et une grande partie de la culture de table à Maurice trouvent leur origine dans la cuisine française adaptée aux produits tropicaux locaux, mélangée avec les influences indiennes, chinoises et africaines.

Maurice et La Réunion : deux destins séparés

La confusion vient souvent du voisinage avec La Réunion, île française à 200 kilomètres de Maurice. Les deux îles ont partagé la même histoire jusqu’en 1810 — toutes deux colonisées par la France. Mais leurs destins ont divergé : La Réunion est passée aux Britanniques puis rendue à la France, et est aujourd’hui un département d’outre-mer français. Maurice, elle, a suivi la voie de l’indépendance en 1968. Ce sont aujourd’hui deux territoires très différents sur le plan administratif, même si leur culture partagée reste évidente.

Les liens actuels entre Maurice et la France

Si l’île Maurice n’est pas française, les liens avec la France restent très forts. La France est l’un des premiers marchés de touristes de l’île — plus de 100 000 Français visitent Maurice chaque année. L’ambassade de France à Port-Louis est l’une des plus actives de l’océan Indien, et un accord de non-double imposition lie les deux pays, facilitant les investissements croisés. Les Mauriciens peuvent étudier en France avec les mêmes droits que les citoyens de la Francophonie, et de nombreux étudiants mauriciens poursuivent leurs études supérieures en France chaque année. La chaîne TV5 Monde est captée partout sur l’île, et les journaux français sont disponibles à Maurice le jour de leur parution.

FAQ

Est-ce que l’île Maurice est un pays français ?

Non. L’île Maurice est un pays indépendant depuis le 12 mars 1968. Elle est aujourd’hui la République de Maurice, un État souverain avec son propre gouvernement et sa propre constitution.

Pourquoi parle-t-on français à l’île Maurice ?

L’île Maurice a été une colonie française de 1715 à 1810, période durant laquelle la langue française s’est profondément implantée. Même sous la domination britannique, le traité de Paris de 1814 a garanti le maintien de la langue et des coutumes françaises. Le français et le créole mauricien, dérivé du français, sont restés les langues du quotidien.

L’île Maurice fait-elle partie du Commonwealth ?

Oui. Depuis son indépendance en 1968, Maurice est membre du Commonwealth britannique. Elle est également membre de la Francophonie depuis le Ve Sommet d’octobre 1993 — une double appartenance unique qui reflète son double héritage colonial.

Quelle est la différence entre l’île Maurice et La Réunion ?

La Réunion est un département d’outre-mer français — elle fait juridiquement partie de la France et de l’Union européenne. L’île Maurice est un pays indépendant. Les deux îles sont voisines (200 km), partagent une histoire coloniale commune et parlent français, mais leurs statuts politiques sont complètement différents.

Faut-il un visa pour aller à l’île Maurice depuis la France ?

Non. Les ressortissants français peuvent entrer à l’île Maurice sans visa pour un séjour touristique de moins de 90 jours. Un passeport en cours de validité suffit. Cette facilité d’accès illustre la solidité des relations entre les deux pays.

Romain

Romain

Romain est cofondateur de National Library et expatrié français installé à l’Île Maurice. Ayant lui-même mené l’ensemble des démarches d’expatriation, il partage une expérience concrète du terrain et des réalités administratives locales. Il rédige des contenus clairs, factuels et orientés pratique pour aider les futurs expatriés à prendre des décisions éclairées.