L’île Maurice est un cas linguistique fascinant. Sur ce petit territoire de 2 040 km², plus d’une dizaine de langues coexistent au quotidien, reflet d’une histoire coloniale mouvementée et d’une population parmi les plus métissées du monde. Pour le voyageur français, la bonne nouvelle est simple : vous serez compris partout, et le dépaysement linguistique sera plutôt une source d’émerveillement qu’un obstacle.
Le créole mauricien : la vraie langue du pays
Derrière la question de la langue officielle se cache une réalité bien plus riche. Le créole mauricien, également appelé morisyen ou kreol morisien, est la langue maternelle de près de 90 % des habitants. C’est la langue du quotidien, des marchés, des conversations entre amis, de la musique traditionnelle comme le séga. C’est elle qui forge l’identité culturelle mauricienne bien plus que n’importe quelle autre.
Le créole mauricien est né pendant la période de l’esclavage, du mélange entre le français colonial et les langues africaines et malgaches parlées par les esclaves déportés sur l’île. Il en résulte une langue à base lexicale très largement française, mais avec une grammaire, une musicalité et des expressions bien à elle. Un francophone attentif peut en comprendre une bonne partie à l’oreille — ce qui rend les échanges avec les Mauriciens particulièrement chaleureux.
En mai 2025, un projet de loi a été déposé pour faire du créole mauricien une langue officielle de l’Assemblée nationale aux côtés du français et de l’anglais — une reconnaissance symbolique très attendue par une large partie de la population.

L’anglais : langue officielle sur le papier, absente dans la rue
L’anglais est, selon l’usage, reconnu comme la langue officielle de Maurice. La Constitution et l’ensemble des lois sont rédigées en anglais, les débats parlementaires s’y tiennent officiellement, et c’est la langue de l’administration, des tribunaux et du monde des affaires.
Mais dans la vie de tous les jours ? Très peu de Mauriciens l’utilisent spontanément. L’anglais reste cantonné aux institutions et aux échanges formels. Dans un taxi, un restaurant ou un marché, vous l’entendrez rarement. Ce paradoxe — une langue officielle que personne ne parle chez soi — est l’héritage direct de la colonisation britannique qui a pris fin en 1968.
Le français : omniprésent sans être officiel
Le français occupe une place à part dans le paysage linguistique mauricien. Environ 77 % des Mauriciens le comprennent et le parlent couramment, ce qui en fait la deuxième langue de l’île après le créole. C’est la langue des médias — journaux et programmes télévisés sont majoritairement en français — de la littérature, de la culture et des échanges sociaux entre communautés différentes.
Cette place privilégiée s’explique par l’histoire : la France a colonisé l’île pendant plus d’un siècle, de 1715 à 1810, et a profondément marqué la société mauricienne. Même après la prise de contrôle britannique, le français n’a jamais perdu pied. Aujourd’hui encore, on dit souvent à Maurice que « tout le monde parle en français, mais tout le monde écrit en anglais » — une formule qui résume bien cette situation unique.
Pour un voyageur français, Maurice est donc une destination où la barrière de la langue n’existe tout simplement pas.
Une mosaïque de langues ancestrales
Au-delà de ces trois langues dominantes, Maurice abrite une remarquable diversité linguistique héritée de ses différentes vagues migratoires. La communauté indo-mauricienne, majoritaire dans le pays, a conservé plusieurs langues d’origine : le bhojpuri (parlé par environ 31 % de la population, surtout dans le nord-est de l’île), mais aussi le tamoul, l’hindi, l’ourdou, le marathi, le télougou et le gujarati. Ces langues sont souvent utilisées dans les pratiques religieuses et les cercles familiaux.
La communauté sino-mauricienne, elle, perpétue le mandarin, le chinois wu et le hakka. Certains Indo-Mauriciens parlent jusqu’à quatre langues couramment — créole, bhojpuri, français et anglais — une prouesse linguistique qui illustre parfaitement l’adaptabilité remarquable de la société mauricienne.
Ce que ça change pour votre voyage
Concrètement, voyager à Maurice en tant que francophone est une expérience très confortable. Le français est compris partout, des hôtels aux petits restaurants de bord de route. Les panneaux, les menus et les communications touristiques sont systématiquement disponibles en français.
Tenter quelques mots en créole reste le meilleur moyen de briser la glace et de gagner immédiatement la sympathie des habitants. Un simple « Bonzour ! » (bonjour), « Ki manière ? » (comment allez-vous ?) ou « Mersi ! » (merci) suffit à déclencher des sourires et à ouvrir les portes d’échanges bien plus authentiques.
Questions fréquentes
Quelle est la langue officielle de l’île Maurice ? L’anglais est reconnu comme la langue officielle de facto de Maurice — c’est la langue de l’administration, des lois et du Parlement. Cependant, la Constitution ne désigne formellement aucune langue officielle.
Parle-t-on français à l’île Maurice ? Oui, largement. Environ 77 % des Mauriciens parlent français couramment. C’est la langue des médias, de la culture et des échanges sociaux. Un voyageur francophone n’aura aucun problème à se faire comprendre.
Qu’est-ce que le créole mauricien ? Le créole mauricien, ou morisyen, est la langue parlée par près de 90 % des Mauriciens au quotidien. Né du mélange entre le français colonial et des langues africaines pendant la période de l’esclavage, il est à base lexicale française et reste partiellement compréhensible pour un francophone.
Combien de langues parle-t-on à l’île Maurice ? Plus d’une dizaine de langues sont parlées à Maurice, dont le créole, le français, l’anglais, le bhojpuri, le tamoul, l’hindi, l’ourdou, le marathi, le mandarin et le hakka.
Faut-il parler anglais pour voyager à l’île Maurice ? Non. Le français est largement suffisant pour voyager à Maurice. L’anglais peut être utile dans certains contextes formels, mais les Mauriciens sont habituellement à l’aise dans les deux langues.